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Histoire de Montolieu

Histoire de Montolieu

 

HISTOIRE DE MONTOLIEU

 

 Au centre d'un vaste paysage,
 ceinte par les gorges de l'Alzeau et de la Dure,
 repose Montolieu. Ses maisons, serrées les unes contre les autres
 par manque de place, sont dominées par le clocher massif de l'église Saint-André.

Montolieu à l'époque protohistorique et gallo-romaine.

 

Le site de Montolieu est probablement peuplé depuis les temps les plus reculés, en raison de son emplacement privilégié et de son climat tempéré. Bien qu'on y trouve peu de vestiges gallo-romains, quelques débris d'amphores ou de poteries ont été déterrés par les labours.

Jusqu'en 1145, après avoir connu plusieurs appellations, Montolieu fut désignée sous le nom de Valseguier et protégée par une forteresse, le Château de Mallast, dans lequel vivait une population sédentaire et où venaient se réfugier les habitants de Valseguier dans les périodes d'invasions et de guerre.

 

Les premières populations de Valseguier sont composées de chasseurs, de pêcheurs puis, très tôt, de pasteurs et d'agriculteurs. Vers 120 av. JC. , les Romains apportèrent la culture de la vigne et de l'olivier. Mais, dès le premier siècle de notre ère, les ressources minéralogiques de la Montagne Noire furent exploitées : les fonderies de fer étaient alimentées  par les feux des grandes forêts de hêtres. Lorsque les minerais locaux seront épuisés, d'autres seront amenés, à dos de mulet ou de cheval, des Corbières ou même du Comté de Foix. Cependant, sans doute en raison de l'épuisement de la forêt, cette industrie cessa son activité au 3e siècle.

Depuis l'Antiquité, l'élevage du mouton fournissait la laine nécessaire à la confection des vêtements. Les eaux des ruisseaux du pays, remarquables par leur pureté et leurs propriétés dessuintantes, permettaient de traiter les laines ; filage, tissage et teinture, d'abord à usage familial, puis commercial, occupèrent une partie de la population.

Valseguier n'eut sans doute pas à souffrir de la Guerre des Gaules, jusqu'à l'arrivée des Grandes Invasions.

 

Les grandes invasions.

 

Les Vandales traversèrent le pays entre 406 et 409, suivis, en 412, des Visigoths en provenance d'Italie, où il ne restait plus rien à piller. S'étant emparés de Narbonne et Toulouse, ils cohabitèrent avec les Romains pendant quelque trois siècles dans une paix relative, troublée cependant par des révoltes populaires sévèrement réprimées. Si, au début de leur présence, les Visigoths avaient conclu un pacte avec les Romains, reconnaissant la primauté de l'Empereur de Rome en échange de la satisfaction de leurs besoins vitaux, ils le rompirent très vite, s'appropriant la majorité des terres. En outre, leur religion hérétique, l'arianisme, ayant été condamnée en 325, ils opprimèrent les évêques catholiques en place.

Lorsque, en 507, Toulouse fut prise par Clovis, la puissance des Visigoths fut sérieusement ébranlée. La conversion du roi Récared à la doctrine chrétienne, en 587, les propulsa au faîte de leur puissance, mais, à partir du 8e siècle, les Francs devinrent les maîtres du pays, après avoir évincé les derniers fonctionnaires ou seigneurs visigoths vers 759. C'est toutefois certainement de cette époque (6è siècle) que date l'enceinte construite autour de Valseguier, en raison du climat de violence et d'instabilité régnant alors entre les Visigoths et les Francs.

Vers 720, les Sarrazins arrivèrent  dans la région, arrivée ponctuée par de nombreuses et sanglantes batailles. Une alliance matrimoniale permit cependant à une paix relative de s'installer. Les Arabes partagèrent les bonnes terres entre leurs soldats et les habitants. Ils laissèrent en place les vestiges de l'administration romano-visigothique et autorisèrent les Chrétiens à pratiquer leur culte, en échange d'un tribut. Les conversions à l'Islam, exonérant les nouveaux convertis de ce tribut, ne furent pas encouragées.

En 732 commença la plus terrible incursion des Sarrazins, qui soumirent le pays tout entier. Mais Charles Martel les vainquit  à Poitiers en 752, et les Francs poursuivirent leurs adversaires jusque dans le Midi. Les Francs, sous la conduite de Pépin le Bref, avec une nombreuse armée, prirent Béziers qu'ils mirent totalement à sac. Carcassonne se soumit, mais les meurtres, viols, massacres et pillages avaient porté un coup d'arrêt à plusieurs siècles de paix.

Le latin était devenu une langue vulgaire mâtinée d'expressions germaniques apportées par les divers conquérants. Le latin littéraire, totalement oublié, survivra tout de même avec quelques éclats dans la langue d'oc, idiome d'abord populaire puis adopté par l'élite de la population. Peu de mots d'origine arabe ont été retenus dans le parler des survivants autochtones, bien que des mots savants arabes aient été admis dans la langue française. Quant aux diverses institutions, elles avaient survécu avec plus ou moins de bonheur, les Arabes ayant été les moins influents.

 

Catholicisme et monachisme.

 

Le christianisme était apparu en Narbonnaise vers 245, avec l'arrivée de Saint Saturnin à Toulouse. Pourtant,  les campagnes, à l'écart des villes, vivaient encore dans le paganisme. Dans la Montagne Noire, la religion romaine, telle qu'elle avait été assimilée par les Gaulois, fut pendant longtemps la croyance la plus répandue. Mais, à partir du 9ème siècle, l'Église catholique occupe une place importante dans l'organisation de Valseguier, notamment à travers le monachisme.

Les moines devant subsister dans leurs abbayes, ils devaient posséder des terres. Afin de s'attirer les bonnes grâces du ciel, laïcs, particuliers et seigneurs effectueront d'importantes donations, qui serviront aux abbayes à pourvoir leurs institutions charitables ou sociales. Charlemagne, qui régna seul à partir de 771, s'appuya sur les ordres religieux en pleine réforme pour donner un élan à la religion chrétienne. Il couvrit les communautés religieuses de sa protection, les dota de terres et les favorisa de nombreuses immunités. De là les abbayes de St-Papoul, St-Hilaire, La Grasse, etc, et celle de St-Jean-Baptiste de Mallast vers 798, qui profita de l'abondance et de la salubrité des eaux, de la fertilité du sol et de la proximité sécurisante du Fort de Mallast.

 

A la faveur des invasions normandes et des dévastations opérées par les Sarrazins, les discordes politiques amenèrent les seigneurs à se défendre et à regrouper autour d'eux les populations qui ne demandaient qu'à être protégées. En étendant ainsi leur puissance, ils aboutirent à l'hérédité des terres et des charges. Le règne de la féodalité commença à la fin de la période carolingienne. Le Carcassès et ses dépendances passa des mains des Comtes francs du souverain, révocables et remplaçables, dans celles des Comtes héréditaires qui fondèrent l'importante maison de Carcassonne (819-1247).

 

Le 25 juin 1146 fut fondée la ville de Monte-Oulieu, auprès de l'abbaye St Jean-Baptiste de Valseguier. L'abbaye connut une période troublée, pendant la "croisade" contre les Albigeois. En 1215, un abbé fut nommé, qui avait pour tâche de régler les suites et les conséquences de cette croisade et de ramener le calme parmi la population. Mais les conflits entre les habitants de Montoulieu et les religieux étaient nombreux : ceux-ci faisaient pression sur leurs sujets, avec une extrême rigueur, pour obtenir le maximum de contributions tout en restreignant par des "tracasseries" les libertés les plus élémentaires. Au cours des périodes suivantes, diverses mesures limitèrent le nombre et, conséquemment, les exigences des religieux. Pourtant, les conflits perdurèrent : En 1283, par exemple, le sénéchal reçut les plaintes d'habitants laïques de Montoulieu, concernant des clercs que leur statut exonérait de corvées ou d'impôts et qui, cependant, exerçaient dans le même temps de lucratives activités.

 

A sa fondation et durant les deux siècles qui suivirent, l'abbaye bénédictine bénéficia de très importantes donations territoriales, de la part de l'Empereur, des souverains et des seigneurs locaux, mais aussi de gens de condition plus modeste. Ces revenus devaient en contrepartie financer des travaux d'utilité publique, des œuvres d'assistance aux indigents, des gîtes aux voyageurs démunis.

Les tenanciers des biens appartenant à l'abbaye devaient verser un cens annuel, en plus d'"oblies", soit des redevances en nature. Sur les terres non soumises au cens, les  seigneurs religieux percevaient un droit de tasque ou agrier, c'est-à-dire une part importante sur les récoltes. D'autres redevances, payées notamment sur les transactions, assuraient des revenus réguliers aux religieux.

Les banalités, qui remontent au 11è siècle, sont des droits féodaux obligeant la population à se servir exclusivement en commun de certains services matérialisés par des biens appartenant au seigneur. A Montolieu, les seules banalités connues étaient les fours à pain. Les religieux possédaient un moulin à farine sur la Dure. Sur cet emplacement furent construits plus tard les ateliers de la Manufacture Royale.

Comme tous les seigneurs, les religieux jouirent jusqu'à la Révolution de privilèges, tels le droit de chasse et le droit de pêche, auxquels ils étaient très attachés à une époque où ces droits étaient sévèrement réglementés. Au haut Moyen Âge, les monastères employaient des serfs.

De la fin du 8e siècle jusqu'à la Révolution, les religieux de Montoulieu perçurent la dîme de tous les produits de la terre sur toutes les communautés constituant leur patrimoine seigneurial, ce qui souleva fréquemment des conflits.

 

Organisation territoriale et sociale de Montoulieu.

 

Avant l'arrivée des bénédictins à Montoulieu, sous les Carolingiens, le territoire était réparti en au moins trois villae, ou domaines fonciers. La villa gallo-romaine était l'unité économique de base, rassemblant, outre l'habitation du propriétaire, celle des colons qui participaient à son exploitation.

Les grandes invasions (les Visigoths d'abord, puis les Francs) bouleversèrent considérablement la possession des grands domaines et leur morcellement, par l'installation à demeure de serfs fiscaliers ou colons, souvent pris dans la population locale. A la tête de la villa, le propriétaire dut se protéger, lui, ses colons et ses biens, contre les pillards, les bandes armées et, parfois, les communautés voisines, qui profitaient de la décomposition du Bas-Empire et de l'absence d'autorité des derniers rois mérovingiens. On en vint ainsi à la construction des "Castra", sortes de forteresses construites sur les lieux élevés et destinées à réunir, en cas de danger, les habitants, leur bétail et leurs récoltes déjà engrangées. Le Château ou Fort de Mallast, construit vers le 5è ou 6è siècle et en ruines à la fin du 8ème, joua ainsi un rôle considérable.

 

Si les grandes invasions provoquèrent un certain nivellement social, ce furent toutefois les gens armés, les gens de guerre, qui se relevèrent le plus vite et prirent la tête des communautés humaines.

La noblesse romaine, qui n'était pas héréditaire, disparut avec l'Empire. Chez les Francs, il n'y eut qu'une seule famille noble, celle des Mérovingiens. Il y eut, comme partout, des hommes libres, mais avec des différences selon leur origine. Les peuples vaincus furent moins libres que leurs vainqueurs.

Valseguier eut aussi des esclaves, employés soit dans les maisons de maîtres, soit à la campagne. Les origines de l'esclavage étaient nombreuses : on devenait esclave par la naissance, à la suite de certaines condamnations pénales, parfois par une manifestation de la volonté ou dans une intention pieuse ; mais c'était le plus souvent l'accomplissement de la loi du vainqueur sur le vaincu dans un combat.

La condition de l'esclave était très dure : la loi Salique l'assimilait à un animal. Mais, sous l'influence de l'Église qui possédait elle aussi, au début, des esclaves, on restitua à celui-ci son statut familial : son mariage était autorisé avec l'assentiment du maître et son honneur marital protégé. On demanda son repos dominical, mais il ne pouvait cependant devenir clerc sans l'approbation de son maître.

A l'esclave succéda le serf au haut Moyen Âge, mais la condition sociale de celui-ci mit plusieurs décennies pour s'améliorer. Les serfs, nombreux à l'époque mérovingienne, pouvaient s'affranchir par leur travail, et beaucoup furent libérés par l'Église.

De nombreuses personnes, de condition quasi servile, descendaient quant à elles de peuplades jadis vaincues par les Romains et établies par eux sur le sol de la Gaule : on les nommait colons ou serfs-fiscaliers, selon le cas.

Les colons avaient été maintenus par les Francs sur les terres qu'ils cultivaient. Ils pouvaient parfois arriver à de hautes fonctions. Le maître ou seigneur ne pouvait vendre la terre sans les colons, ni vendre les colons sans la terre. Il y eut cependant de nombreuses exceptions.

Les serfs-fiscaliers, eux et leurs descendants, ne pouvaient quitter un sol qu'ils avaient accepté de mettre en valeur.

Il existait à Valseguier quelques familles juives qui pratiquèrent le commerce et le change des monnaies. Un quartier leur fut affecté, dont un pont sur la Dure a conservé le toponyme.

 

Le château de Mallast

 

Valseguier était donc le nom donné au 10è siècle à l'agglomération limitée par l'Alzeau et la Dure et protégée au nord par le Fort de Mallast. Le milieu du 12è siècle fut sans doute une période de grande insécurité, peut-être à cause de l'hérésie cathare. Le Château de Mallast, en très mauvais état, ne permettait pas une défense efficace. Aussi le vicomte de Béziers et de Carcassonne, suzerain de Valseguier et alerté de l'insécurité des lieux, décida-t-il de la construction d'une nouvelle ville, Montoulieu. Il envisagea de la doter de murailles solides, bâties en surplomb autour des gorges des deux rivières. Le Fort de Mallast, remis en état, permettait de surveiller le passage entre l'ancienne et la nouvelle ville. Au nord de Montoulieu, barrant l'étroite bande rocheuse située entre l'Alzeau et la Dure, une porte fortifiée, la porte de Saint-Denis, fermait le chemin venant de la Montagne Noire. Montoulieu fut fondée pour assurer principalement la sûreté de l'abbaye, en échange de sa totale fidélité à son suzerain. Quant au nom "Montolieu", ou "Mont aux Oliviers", il varia dans son orthographe jusqu'à la fin du 18è siècle.

Dès la fondation de la nouvelle ville, des habitants de Valseguier s'y firent attribuer un terrain. Le Château de Mallast, considérablement agrandi, fut réalisé sur des bases défensives plus conformes aux normes de l'époque, bien que les Montolivains se soient sentis rassurés par les défenses naturelles constituées par les fossés profonds des deux rivières.

Les habitants de Montoulieu portèrent à la famille vicomtale une reconnaissance jamais démentie. Les Trencavel surent exercer une justice saine et équitable, parfois contrariée par leurs rapports avec la puissante abbaye. Quant aux taxes qu'ils levèrent, elles restèrent supportables pour la population. 

 

Le catharisme et son influence sur Montoulieu.

 

A partir du milieu du 12e siècle, le catharisme connut une expansion extraordinaire, en particulier en Languedoc. Il s'infiltra dans toutes les couches de la société, chez les plus humbles comme dans l'aristocratie locale, soit par conviction ou curiosité intellectuelle, soit par réaction contre les meurs de l'époque. Malgré les persécutions et les bûchers, la nouvelle hérésie s'implanta dans la région et s'organisa.

La vocation d'ascétisme et de pauvreté, le refus de toute nourriture carnée, la confession et l'absolution, la prééminence accordée à l'Évangile de Saint-Jean, le refus du serment, sont les aspects dominants de la religion des Cathares occidentaux. En 1165, une grande confrontation opposa Cathares et catholiques près d'Albi : le terme "Albigeois" semble venir de ce colloque, alors que "Cathare" vient du grec et signifie "pur".

L'abbé de St Jean-Baptiste, en sa qualité de Seigneur temporel de Montoulieu et de défenseur de l'orthodoxie catholique, s'opposa par tous les moyens aux prédications des Parfaits albigeois dans la localité. La secte fit pourtant, tant à Saissac qu'à Montoulieu, de nombreux prosélytes qui, d'abord peu inquiétés par le vicomte de Carcassonne, subirent ensuite le déferlement des armées du nord avec le légat pontifical à leur tête.

Après quelques années de compromis tacite entre Catholiques et Cathares, la situation, en 1205-1206, était redevenue plus tendue : les religieux avaient été expulsés du monastère par les partisans de la nouvelle religion, dans l'indifférence ou avec la complicité d'une partie de la population. Le monastère avait été abandonné et même saccagé. Les religieux s'étaient réfugiés à Carcassonne, la crise était grave.

Si les seigneurs étaient restés neutres dans ce bouleversement, bien que donnant des preuves de leur orthodoxie catholique, l'Église intervenait depuis longtemps, en la personne des papes, des légats. En 1208, la Croisade déjà en germe fut prêchée dans le nord de la France : elle déferla au printemps de 1209. Béziers fut prise, la population presque en totalité massacrée, la ville pillée puis incendiée. Carcassonne succomba sous le nombre et par trahison, mais une grande partie de la population avait pu fuir.

Après ces épisodes sanglants, l'armée croisée se dota d'un chef, Simon de Montfort, qui s'empara de tous les biens des Trencavel et mit au pas tout le pays. Fanjeaux, Alzonne, Montréal se soumirent ; les habitants de Montoulieu voulurent à leur tour négocier leur soumission : leur situation religieuse et leurs relations particulièrement mauvaises avec l'abbaye amenèrent Montfort à poser de très dures conditions, et à s'attribuer la presque totalité des biens des habitants de Montoulieu, tous supposés coupables d'hérésie. Il confisqua aussi les biens des seigneurs du voisinage, coupables de lui avoir résisté et pour cela qualifiés d'hérétiques ! La plupart de ces biens furent distribués à de tout petits seigneurs venus du Nord et compagnons du maître de la situation.

Le monastère, placé sous bonne garde, fut rendu aux religieux. Les dégâts subis étaient importants et il faudra plus d'un siècle pour redonner un aspect convenable aux bâtiments claustraux. Une garnison occupa le château et la ville de Montoulieu, en surveillant les habitants peu enclins à collaborer avec leurs "ennemis". Lorsque Simon de Montfort mourut, tué par un boulet de pierre, son fils lui succéda, provoquant la révolte des Montolivains. Il organisa Le siège du Fort de Mallast, dont les murs avaient été relevés. La révolte s'accentua et devint quasi-générale. En 1224, le comte Raymond VII de Toulouse entra dans Carcassonne, accompagné par le jeune Raymond Trencavel, à la faveur du déguerpissement de Montfort. Mais le roi Louis VIII se croisa en 1225 et organisa une marche sans combat à travers le Languedoc, brûlant à l'occasion quelques cathares -ou supposés tels.

Les habitants de la vicomté, lassés de la guerre et réalisant qu'ils n'étaient pas de taille à résister aux troupes du roi de France, se rendirent. Plusieurs villes dont Carcassonne se soumirent sans conditions. Montoulieu se rendit à l'abbé en 1226.

Avant de quitter le Languedoc, le roi Louis VIII donna l'ordre de démolir les fortifications de Montoulieu.

Il restait cependant des Cathares qui prêchaient ; mais il semble que les habitants, instruits par l'expérience et ruinés par la guerre et par les représailles des partisans catholiques, restèrent insensibles à ces prédications, même si de petits seigneurs dépossédés de leurs biens s'emparèrent une nuit de la ville où ils pillèrent l'église St André et commirent des déprédations dans le monastère. Mais la civilisation méridionale avait vécu.

Une première institution inquisitoriale fut créée par les évêques dans chaque paroisse, suivie en 1233 par l'inquisition dominicaine mise en place par le pape Grégoire IX.

A Montoulieu, la révolte menaçait, devant certains abus d'autorité. Tant la souveraineté royale que le pouvoir des religieux durent être imposés et soutenus par la force. Les religieux, lassés par toutes ces querelles, tentèrent d'apaiser la population en accordant des statuts à la ville : la charte de 1231 codifie les droits de l'abbé et des religieux en précisant les seules libertés absolument nécessaires pour permettre à la communauté de vivre dans le cadre féodal de l'époque. Elle crée, pour la première fois, une institution municipale importante, le Consulat

En 1240, Raymond Trencavel et ses amis tentèrent de nouveau de lutter contre les troupes royales, et reprirent plusieurs places. Seule la Cité de Carcassonne, avec l'aide de quelques cités fortifiées, resta au pouvoir du roi. Des sommes très importantes furent alors collectées dans le Razès, à Montréal, à Alzonne, à Montoulieu, etc., pour entretenir les troupes faisant le siège de Carcassonne. En 1240, les envoyés spéciaux de la ville de Montoulieu prêtaient serment de fidélité au vicomte dans son camp devant la Cité. Louis IX, averti, envoya une armée qui se dirigea vers Carcassonne pour porter secours aux assiégés de la Cité. A Montoulieu, l'abbaye était pillée, les religieux s'étant probablement réfugiés derrière les murs de Carcassonne. Mais Trencavel comprit qu'il était perdu ; le siège de Carcassonne fut levé et ses hommes se retirèrent vers Pamiers, tandis que lui-même se réfugiait à Montréal où il fut assiégé sans le moindre répit, jusqu'à ce que la ville tombe et soit en partie détruite, lors des représailles qui s'ensuivirent.

Les Bayles et les Viguiers firent rentrer sans peine dans l'obéissance les hameaux et les bourgs qui s'étaient révoltés, mais se livrèrent toutefois à de nombreuses exactions contre leurs administrés réputés rebelles. Quant aux seigneurs révoltés, ils furent pourchassés jusque dans les ruines ou les grottes dans lesquelles ils s'étaient réfugiés, et pendus. Cette terrible répression dura plusieurs années.

La ville de Montoulieu fut prise dans l'hiver 1240-1241, et alors livrée aux flammes. Le château de Mallast fut détruit, les fortifications rasées. Les minces franchises octroyées en 1231 furent abolies, les Montolivains considérés comme des serfs de l'abbaye.

Après son retour de Croisade, en 1254, Louis IX édicta pourtant des statuts pour la ville et veilla à réparer les maux causés par les guerres de 1226 et 1240. Mais les petits seigneurs locaux de la Vicomté firent les frais de la répression. Ils disparurent par l'exil, la mort au combat, le mur (prison dont on ne ressortait jamais vivant) ou la mort par pendaison après une évasion avortée. Raymond Trencavel se soumit au roi en 1247, et partit avec lui à la Croisade de 1248-1254.

Cependant, à Montoulieu, la suppression des franchises de 1231 avait profondément déçu la population, déjà fortement hostile aux religieux, et les deux parties convinrent de déférer leurs griefs devant un tribunal arbitral. Contre paiement d'une somme considérable, les droits antérieurs et les biens confisqués furent rendus aux habitants. Mais l'ancienne Vicomté de Carcassonne restait sous surveillance, et l'inquisition sévissait, autorisant la main mise par le clergé sur les biens des hérétiques supposés.

 

Paréage et franchises.

 

En 1312, le roi Philippe le Bel établit avec l'abbé de Montoulieu un acte de paréage, codifiant les droits et les rapports des deux parties (royale et religieuse) dans la Communauté de Montoulieu. Dans le même temps, il ordonnait au Sénéchal de Carcassonne d'octroyer une charte de franchises en faveur des habitants. Cette charte, dont certains pensent que les religieux ne la publièrent pas, eut des difficultés à être appliquée et, en tout cas, laissa les Montolivains insatisfaits.

Avec le paréage, la justice était rendue à Montoulieu au nom du roi et au nom de l'abbé et des religieux seigneurs du lieu. Elle était exercée par un juge nommé et, dans les cas de police municipale, par les Consuls. Un antagonisme fâcheux régna parfois entre les Consuls et les religieux du monastère, dont les droits seigneuriaux se voyaient contestés. Le droit romain prédominait mais, indépendamment de ce droit écrit, s'était établi un droit coutumier, fait d'obligations et de contraintes.

 

Heurs et malheurs des Montolivains.

 

Le 14e siècle fut pour Montoulieu un siècle de malheurs : la guerre de "Cent ans" battait son plein ; le pouvoir royal, qui n'existait pourtant pratiquement pas, ne cessait de réclamer des subsides pour payer ses troupes. La population, affaiblie par les épidémies, rançonnée par les bandes armées, laissée dans le plus grand abandon par les chefs, tentait tant bien que mal de survivre.

En 1348-1349, une grande famine précéda une épidémie de "Peste Noire" en Languedoc. A Montoulieu, un très rude hiver avait décimé les animaux et détruit les récoltes ; la vigne et les oliviers étaient gelés ; les personnes les plus faibles n'avaient pas résisté au froid. D'ailleurs, le cimetière de Montoulieu ne suffit plus à enterrer les morts, et on dut acheter un champ pour les y ensevelir. En quelques années, la population diminua de moitié, voire des deux tiers.

En outre, en 1355, une armée anglo-gasconne considérable, commandée par le Prince Noir, arriva devant Carcassonne, après avoir saccagé toutes les agglomérations rencontrées sur son passage. Si Carcassonne, récemment fortifiée, ne fut pas touchée, les lieux alentour, dont Montoulieu,  furent pillés, rançonnés, détruits et incendiés.

Comme si tout cela ne suffisait pas, des bandes de routiers arrivèrent en Carcassès en 1361. Montoulieu fut prise par une de ces compagnies, la ville nouvelle incendiée. Le château de Mallast, qui avait été partiellement remis en état, résista victorieusement, sauvant les habitants réfugiés derrière ses murs.

Une nouvelle peste frappa pendant 6 à 7 mois, au cours de l'hiver 1361-1362, tandis que les bandes de routiers reprenaient et rançonnaient Montoulieu, amenant les religieux à reconstruire sérieusement les fortifications de l'agglomération, et le pouvoir à réduire sensiblement les tailles à payer, afin de consacrer le maximum des ressources à la reconstruction de la ville. Une milice fut chargée de protéger la ville et le monastère.

A la fin du 14e siècle, Montoulieu commença à se repeupler avec l'arrivée de familles parentes des défunts, venues recueillir leur héritage. Des familles étrangères à la région vinrent augmenter la population. Mais ce repeuplement fut long à porter ses fruits et, au cours du 15e siècle, de nouvelles épidémies meurtrières frappèrent les habitants.

 

Fonctionnement municipal de Montoulieu.

 

L'organisation municipale de Montoulieu, comme celle d'autres communautés, a dépendu des différents occupants et du droit qui s'y exerçait alors. Cependant, dès le 12e siècle, furent instituées les municipalités consulaires.

Outre la fonction de consul, celle de maire fut créée en 1692. Diverses autres charges existaient : le Conseil de notables se transforma plus tard en Conseil politique, avec une responsabilité et une influence accrues. Le Viguier, quant à lui, avait compétence pour instruire la plupart des affaires de justice.

 

Le Calvinisme à Montoulieu.

 

Vers 1538, le Calvinisme apparut à Carcassonne. Une trentaine d'années plus tard, il donna lieu à des luttes fratricides qui ravagèrent tout le pays. Des bandes de pillards organisées et armées, et dirigées par des "Capitaines" audacieux, sans foi ni loi, écumaient alors les campagnes. De fréquentes incursions dévastatrices eurent lieu dans Montoulieu et ses alentours, jetant alternativement les villes et leurs habitants dans les mains des uns ou des autres, mais provoquant invariablement dégâts matériels et humains.

 

Économie de Montoulieu.

 

Montoulieu fut, jusqu'à la fin du 14e siècle, une agglomération essentiellement agricole, tenue de produire tous les biens nécessaires à sa subsistance en raison de l'insuffisance des moyens de communication  et de transport.

La base de la nourriture était assurée par le pain, de blé ou de seigle. Il y avait peu de terres à blé dans la communauté et les échanges avec la plaine toute proche étaient parfois rendus difficiles par les évènements.

La plupart des familles cultivaient des céréales et des légumes sur leurs petites parcelles de terre. Chacune possédait sa propre vigne, sur les coteaux environnants, produisant un vin de bonne qualité. Des arbres fruitiers et des oliviers occupaient les endroits les mieux exposés.

En dehors des périodes troublées, l'élevage du mouton était assez important, et la production de laine appréciable. Les habitants du faubourg possédaient des basses-cours.

La population n'était pas riche : la pauvreté sévissait constamment et devenait alarmante après les intempéries exceptionnelles et les hivers rigoureux. La grande propriété n'existait pratiquement pas. Quelques belles campagnes, pourtant, produisaient des cultures variées et pouvaient faire vivre 4 à 5 familles de paysans.

 

Au début du 14e siècle, une industrie textile très sommaire se développa peu à peu, d'abord sur une base familiale. Dans de nombreuses maisons, on trouvait un métier à tisser actionné à la main et au pied. La pièce de tissu produite était remise à un marchand ou fabricant.

En 1734, la manufacture royale fut officiellement créée, prenant la suite d'une vieille maison qui fabriquait des draps pour la clientèle intérieure. Elle se spécialisa dans la fabrication de tissus de laine de très haute qualité destinés à l'exportation. Ses méthodes de travail très réglementées et contrôlées, et l'achat de laines de tout premier choix, lui assurèrent un renom mérité. Elle donna du travail à plusieurs générations de familles de Montoulieu et des environs.

 

Pourtant, durant toutes ces années, pestes, grippes et calamités diverses (et notamment des hivers très rigoureux), continuèrent de martyriser la ville, détruisant les récoltes, bloquant les voies de communication, interdisant même le travail. A tel point que les habitants obtinrent, plusieurs fois, des remises de taxes et contributions. Il fallait alors à un ouvrier travailler toute une journée pour acheter moins de 2 kg de pain. En 1777, le Conseil politique attribua des terrains communaux aux familles les plus démunies, contre paiement d'une légère redevance annuelle. (A la Révolution, les bénéficiaires devinrent propriétaires de leur lot). Les boulangers s'engagèrent à vendre leur pain meilleur marché aux plus pauvres.

La pénurie des denrées alimentaires essentielles, provoquée par les caprices de la nature,  aurait été supportée avec résignation par la population ; mais, à cette misère, vinrent s'ajouter de graves querelles entre les Consuls représentants de la Communauté, et les religieux, à propos de droits seigneuriaux, tel le droit de chasse, ou encore d'impôts. De nombreux et coûteux procès opposèrent les religieux et les habitants, indisposant fortement ces derniers contre les religieux.

Pourtant, la vie quotidienne des Montolivains était immuablement réglée par le calendrier liturgique établi par l'Église. Mais ces fêtes obligatoires représentaient surtout, pour nos ancêtres, une occasion de partager en famille un repas amélioré, et de jouir d'une journée de repos et de détente fort appréciable.

 

Population de Montoulieu.

 

Au début du 14e siècle, la population de Montoulieu est estimée à 206 feux fiscaux, notion utilisée dans les communautés pour la répartition du fouage ou de la taille, soit environ 950 habitants. A la fin de ce même siècle, la population n'est plus que de 450 à 500 habitants. Certes, les indigents, les mendiants, n'étant pas assujettis aux contributions, n'étaient pas recensés. Mais l'on sait que les épidémies et les violences subies lors du 14e siècle provoquèrent la disparition d'un grand nombre de personnes. En 1412, 190 habitants seulement étaient recensés. Lorsque la paix revint, à la fin du 15e siècle, la population augmenta certainement, grâce à l'élévation de la fécondité due à de meilleures conditions d'existence. Au 18e siècle, la population atteignait 1 350 habitants. Au moment de la Révolution, ils étaient 1 410.

Cependant, sous l'Ancien Régime, les seuls registres d'état civil étaient les registres paroissiaux, dont étaient exclus les Protestants ou les Juifs.

 

Commerces, industries, foires et marchés.

 

Valseguier, situé au pied de la Montagne Noire à l'entrée de la plaine reliant le Languedoc à l'Aquitaine, offrait un centre d'échanges et de communications entre les gens de la Montagne et ceux de la Plaine. Pour cette raison, un marché hebdomadaire s'y tint dès une lointaine époque. Des foires étaient également organisées.

Bien que, de la fin du 14e au début du 15e  siècle, les diverses calamités qui s'étaient abattues sur la ville en aient considérablement ralenti l'activité économique, une famille de marchands dirigea un important commerce de tissus.

La petite industrie drapière reprit néanmoins dès le retour de la paix, au 15e siècle. La qualité des tissus fabriqués, très appréciée à l'étranger, et particulièrement au Levant, favorisa une importante exportation vers la Syrie et la Turquie.

 

Les monnaies.

 

Pendant une longue période, les transactions se faisaient, surtout à la campagne, par le troc. Les Gallo-Romains utilisaient cependant une monnaie de valeur égale pour tous les peuples du territoire.

Les Visigoths frappèrent monnaie dans des ateliers dont ils avaient pris le monopole ; leur monnaie eut très longtemps une forte valeur d'échange.

Avec l'extension de la féodalité, les grands vassaux et même des seigneurs de moindre importance, furent amenés à frapper monnaie. La valeur d'échange, variable, entraînait une certaine confusion dans les transactions. D'où la création, dans chaque ville ou communauté, de boutiques de changeurs, généralement juifs.

La monarchie capétienne introduisit dans le Midi la monnaie officielle des rois de France, la livre-tournois.

 

Hôpital et service médical.

 

Les religieux, outre l'assistance qu'ils réservaient aux indigents et aux voyageurs, avaient ouvert à Valseguier un asile où les malades recevaient les soins nécessaires, l'Hospitalet. Des serviteurs, placés sous la responsabilité des religieux, y soignaient les malades, dans un bâtiment de taille modeste. Une annexe, certainement isolée, servait de léproserie. Quant à l'infirmerie du monastère, elle était destinée aux seuls religieux. Il fallut attendre le 18e siècle pour qu'un médecin vienne s'installer à Montoulieu.

 

L'enseignement sous l'Ancien Régime.

 

Dès la création du monastère de Valseguier, les religieux de St Jean-Baptiste fondèrent une école dont ils gardaient le contrôle, et dans laquelle ils dispensaient les premiers rudiments de l'enseignement, avant que des enseignants, clercs ou laïcs, les écolâtres, fussent employés.

Jusqu'à la Révolution, les écoles restèrent sous le contrôle des évêques de Carcassonne, dont l'agrément était nécessaire pour la nomination des régents de l'école. Si le traitement du régent était modeste, il pouvait toutefois être augmenté d'un droit d' "écolage" que payaient les élèves dont les parents étaient en mesure de le faire.

L'école des filles était également dirigée par une régente, moins payée que son collègue masculin. De là des difficultés à attirer dans le village une régente, et une instruction très insuffisante des petites filles.

 

La fiscalité à Montoulieu.

 

Les prélèvements en espèces ou en nature effectués pour le compte du fisc ont toujours existé, sous des formes propres aux besoins de chaque pouvoir en place.

Les Gallo-Romains créèrent ce que nous nommons le cadastre, dont le but était entre autres de contrôler les superficies et la valeur des terres, permettant ainsi de connaître les rendements des biens fonciers.

Les Barbares laissèrent en place les institutions gallo-romaines, levant cependant en plus un tribut sur les peuples nouvellement soumis.

Avec la décadence de l'Empire, les mérovingiens, les carolingiens et les premiers capétiens vécurent du produit des récoltes de leurs grands domaines.

A l'exclusion des Gallo-Romains, qui avaient effectué de grands travaux publics (routes, pont, aqueducs, fortifications, etc.), avec le produit des prélèvements fiscaux, les gouvernants en place par la suite utilisèrent le produit des subsides perçus pour rétribuer les troupes qu'ils entretenaient en permanence ou levaient ponctuellement.

Aux 14e et 15e siècles, les impositions commencèrent à être réglementées par le pouvoir royal. Mais la Guerre de Cent Ans amena des abus, les subsides prélevés étant toujours plus importants, bien que qualifiés d'exceptionnels.

La répartition des prélèvements fiscaux était désordonnée. Basée dans chaque ville ou communauté sur le nombre de feux (ou familles), elle restera longtemps immuable.

Les impôts étaient nombreux : le fouage, qui  devint plus tard la taille, était prélevé sur chaque famille. Le taillon, impôt foncier supplémentaire instauré par Henri III et initialement destiné à l'entretien de la gendarmerie, donna lieu à de nombreuses réclamations. Les mortes-payes étaient destinées aux milices locales en temps de paix. Les deniers de garnison et les deniers d'Estape servaient à l'entretien des troupes en caserne ou des troupes de passage…

Mais les impôts les plus importants étaient établis au titre du diocèse. Les frais de l'assiette assuraient les frais permanents de fonctionnement du diocèse, les frais extraordinaires subventionnant les grands travaux de celui-ci..

D'autres prélèvements, enfin, étaient affectés aux maîtres d'école, aux sonneurs de cloche, aux Consuls et à leurs valets. De surcroît, des impôts indirects, les aides, étaient perçues sur les ventes de vins, les métaux précieux, l'étain, le fer… Ils furent plus tard étendus aux cartes à jouer, au papier, à l'amidon, aux viandes ou aux poissons.

L'impôt indirect le plus impopulaire était la gabelle, appliquée sur la consommation du sel. Les communautés devaient obligatoirement s'approvisionner au grenier à sel de leur diocèse.

Les communautés, en revanche, bien que lourdement taxées, disposaient de recettes dérisoires, et la moindre construction ou réfection nécessitait d'interminables sollicitations.

 

Bâtiments publics.

 

C'est sans doute à partir du paréage de 1312 qu'exista une maison commune, ou Hôtel de Ville. Il fallut pourtant attendre 1773 pour voir apparaître un archiviste communal à Montoulieu.

 

Routes et chemins sous l'Ancien Régime.

 

Divers chemins reliaient Montoulieu aux proches contrées : le chemin de Saint-Denis, les chemins de Saissac, ceux de Brousses ou d'Aragon et de Fraisses, la route de Carcassonne, les chemins d'Alzonne et de Saint Martin le Vieil.

Le Canal des Deux Mers, réalisé en 1680 par Riquet, influa lourdement sur la vie des Montolivains : en effet, l'Alzeau, principal cours d'eau destiné à alimenter le canal, fournissait l'élément indispensable au fonctionnement des moulins et foulons construits sur son cours. En outre, les Montolivains y prélevaient la plus grande partie de l'eau nécessaire aux besoins de la population et des animaux domestiques. A la fin des travaux, l'Alzeau ne laissait plus passer qu'un mince filet d'eau. Tous les foulons et moulins, drapiers ou fariniers, situés sur la rivière, cessèrent de fonctionner au cours des années qui suivirent. Il n'est pas avéré que les indemnisations promises furent effectivement versées.

 

Églises ou chapelles de Valseguier et de Montoulieu.

 

L'église Saint-André existait probablement avant la fondation de l'abbaye, mais sous la forme d'une modeste chapelle dont le nom nous est inconnu. A la fin du 14e siècle, l'édifice primitif, certainement trop petit, devait menacer ruine. Aussi, en 1393, la première pierre du nouvel édifice était-elle posée, comme l'atteste l'inscription en caractères gothiques gravée sur une pierre enchâssée à mi-hauteur d'un contrefort du chevet.

La nouvelle construction allait suivre le style architectural général venu du nord de la France. C'est un édifice d'un gothique tardif, remarquablement bien bâti. En 1393, on commença par édifier le chevet sur l'emplacement d'une nef romane ou préromane. Les murs de l'actuelle sacristie, d'une épaisseur exceptionnelle, et dont la base est en pierre de taille appareillée selon des procédés antiques, sont certainement un vestige de l'église primitive. La plupart des chapelles ont été construites plus tardivement. Le clocher de Saint André possède trois cloches.

Comme dans toutes les paroisses du royaume, un Conseil de Fabrique, composé des notables de la paroisse, gérait les biens et les comptes de l'église.

 

1789/1799 : la fin d'une époque.

 

L'hiver 1788/1789 fut très rigoureux, la glace couvrant la plupart des cours d'eau. Les gens avaient peu de bois pour se chauffer. Les oliviers ne résistèrent pas au froid, les récoltes de grains s'annonçaient mauvaises. Le morcellement des terres en parcelles trop exiguës ne permettait pas aux familles qui les exploitaient de vivre, et la masse des impôts était mal répartie au niveau local.

L'industrie textile subissait les conséquences d'une crise générale, annonciatrice des troubles consécutifs aux transformations industrielles du milieu du 19e siècle. Malgré les barrières douanières, la production étrangère aggravait le malaise des petites entreprises à main d'œuvre importante. Des difficultés d'approvisionnement en matières premières et la baisse de qualité des laines obligeaient les fabricants à produire des tissus de moindre qualité, entraînant une diminution des revenus dans les familles qui travaillaient sur les métiers.

A la Manufacture royale, sauf pendant les périodes de grand froid, le travail ne s'arrêta pas, mais diminua, entraînant le chômage des personnes les moins qualifiées. Dans ce climat social, la bourgeoisie de Montolieu, suivie par les artisans et les paysans, se trouvait soudainement placée devant les prémisses du grand changement social qui allait recouvrir le pays.

Pour répondre à la Convocation des États Généraux, les officiers municipaux de Carcassonne consignèrent leurs opinions dans un mémoire. Le conseil politique de Montolieu se montra très modéré : il faisait confiance au roi pour obtenir plus de justice. Il demandait une réforme nécessaire des lois de la nation et un changement dans les méthodes administratives, ainsi qu'une délégation de représentants. Notons aussi qu'une loge maçonnique s'était constituée en 1760 à Montolieu.

 

La Révolution vue de Montolieu.

 

L'agitation parisienne s'étendit bientôt à tout le royaume et, par conséquent, au Languedoc.

D'abord, une nouvelle administration communale fut mise en place par l'Assemblée Nationale Constituante, qui supprima les provinces et les remplaça par des divisions administratives nouvelles, les départements. Le département de l'Aude, créé en 1790, se subdivisait en districts, devenus plus tard les arrondissements. Chaque district comprenait plusieurs cantons. Montolieu, Alzonne et Saissac furent érigés en chef-lieu de canton dans le district de Carcassonne.

Une garde nationale, organisée sur la base de 60 hommes, avait été créée. Lorsque Bonaparte prit le pouvoir, les brigandages étaient courants dans le Midi. Pour les réprimer, le Premier Consul organisa des commissions militaires qui jugèrent promptement et sévèrement ces excès. Avec le second Empire, la garde nationale tomba dans un sommeil relatif, mais les évènements extérieurs et la guerre de 1870 exigèrent sa remise en activité.

L'Assemblée nationale, en 1789, prescrivait que les biens du clergé feraient l'objet d'un inventaire et d'une évaluation. Les bénédictins de Montolieu, ne faisant pas partie d'un corps enseignant, étaient par ailleurs concernés par le décret de 1790 supprimant les communautés. Une pension devait cependant être versée aux religieux.

Ainsi, en mai 1790, l'abbaye bénédictine de St Jean-Baptiste fut-elle supprimée. La vente par adjudication des bâtiments monastiques n'avait pas empêché que des déprédations y soient commises. Le plomb et l'étain recouvrant les toitures du monastère ou les orgues, par exemple, furent enlevés sur ordre du district, afin de confectionner des boutons d'uniformes militaires. Les habitants de Montolieu se servirent de l'abbaye comme d'une carrière de pierres, les archives furent brûlées.

 

La vie des Montolivains pendant la Révolution.

 

Les archives nous laissent penser que les Montolivains subirent la Révolution, et qu'ils traversèrent les évènements sans enthousiasme pour la plupart d'entre eux.

Déjà, en 1789, des bandes de pillards avaient sillonné le pays. La Garde Nationale, de création toute récente, fut chargée du maintien de l'ordre.

Le 6 septembre de la même année, 1 000 setiers de blé furent achetés et stockés pour prévenir toute disette, assurant deux mois de subsistance aux habitants.

Depuis septembre 1789, tous les citoyens étaient devenus égaux devant l'impôt, et il n'y avait plus de biens privilégiés. Un comité de mendicité fut créé en 1790 : il devait procurer aux indigents la subsistance qui leur faisait défaut depuis la suppression du monastère. Montolieu, qui dénombrait 1 500 habitants, recensait 5 mendiants.

Le mécontentement couvait dans le canton, et les Montolivains furent accusés en 1790 d'avoir excité les habitants des villages voisins contre des barrages pour protester contre les transports considérables de grains sur le Canal du Midi, à destination d'autres provinces. Le maire, Monsieur Sicard, avait pu faire rentrer les protestataires chez eux.

Lorsque la fuite du roi, en 1791, fut connue à Montolieu, la municipalité arrêta diverses mesures, comme le contrôle de la circulation.

La mauvaise récolte de 1791 vint augmenter la disette et la souffrance du peuple. Bien que Montolieu ait joui à cette époque d'une relative tranquillité, les émeutes se succédèrent, dues notamment à la pénurie de blé ; il fut même interdit de vendre du pain aux étrangers à la commune. Les boulangers, auxquels on avait promis des dédommagements en compensation d'une baisse du prix du pain, et qui n'avaient probablement pas vu ces promesses honorées, menacèrent de fermer boutique si on les obligeait à maintenir ces prix trop bas.

En 1792, 22 hommes sur les 330 de 18 à 50 ans, furent levés pour les troupes, ainsi que les chevaux (et leurs conducteurs) requis pour les transports militaires.

Pour ajouter au désespoir des populations, en 1793, l'Alzeau et la Dure, grossies par la pluie et la fonte des neiges, causaient de gros dégâts aux riverains, surtout à la manufacture, entraînant une assez longue période de chômage.

Cette même année, des visites domiciliaires furent ordonnées, afin d'arrêter toutes les "personnes suspectes" ; une garde permanente se tint à la Maison commune. C'était l'escalade de la peur et de la Terreur. La population, qui comptait sur le marché du lundi, autorisé par les districts et réglementé par la municipalité, pour s'approvisionner en denrées alimentaires qui faisaient cruellement défaut, fut confrontée à la pénurie quasi totale de marchandises et, de surcroît, à une inquisition permanente sur les tractations qui rendirent ce marché désert pendant toute la durée de la Terreur.

Les fêtes "patriotiques" régulièrement organisées par la municipalité ne pouvaient hélas remplacer les vivres, et les privations entraînèrent maladies et épidémies qui touchèrent en premier lieu les plus pauvres (on enregistra, en 1794, 80 décès, alors que la moyenne annuelle ne dépassait pas 50 personnes).

Ainsi, entre les pénuries alimentaires, les taxes sur le pain, qui représentait l'aliment de base de la population, la cessation du travail dans les manufactures, à peine compensée par l'installation de cordonniers et de tailleurs travaillant pour le compte de l'armée, le climat de suspicion instauré par la Terreur, le partage de la ville en sections destinées à mieux contrôler la population, celle-ci connut une époque difficile, compliquée encore par les comités de surveillance ; toutefois, ceux-ci affirmant que tous les habitants étaient "de bons citoyens patriotes", aucun Montolivain, sauf Maître Mandoul, notaire, n'alla grossir le nombre des prisonniers politiques à Carcassonne.

Après Thermidor an III, la vie reprit timidement dans la commune, et on se remit au travail sans crainte pour l'avenir.

 

La paroisse pendant la Révolution.

 

Sauf aux périodes critiques, les cérémonies religieuses se déroulèrent avec le concours de la population, et la municipalité provoqua à plusieurs reprises la célébration de cérémonies.

L'Assemblée Constituante avait institué la Constitution Civile du Clergé, exigeant ainsi la prestation d'un serment civique. Si le culte catholique fut exercé jusqu'à la Terreur, les prêtres subirent à partir de cette date des persécutions, tandis que l'église était pillée, et les registres d'état civil désormais à la charge des mairies. Les cloches et les vases sacrés étaient fondus, les ferronneries remises au district pour confectionner des baïonnettes. L'abbé Pastre fut incarcéré et relâché plusieurs fois avant d'être, en 1798, transféré au bagne de Rochefort, puis à l'Île de Ré où il resta prisonnier jusqu'en 1800, à l'instar de ses confrères qui avaient refusé de prêter serment à la République.

Durant la même période, une fête de la Raison fut organisée à Montolieu, imitant celles qui se déroulaient à Paris ou ailleurs.

La Chapelle St-Roch fut quant à elle vendue comme bien national, bien qu'elle n'ait pas appartenu à l'église. Même après son acquisition par le citoyen Combes, elle continua d'être un lieu de piété, son entretien étant assuré par les fidèles.

 

L'aménagement de la ville.

 

Depuis que la nouvelle ville avait été fondée, en 1146, par le vicomte de Carcassonne et Béziers, les habitants puisaient l'eau domestique soit à l'Alzeau, soit à la Dure. Mais les deux rivières étaient difficilement abordables, en raison de du profond encaissement de leur cours. Des poternes avaient été creusées dans le rempart. Le faubourg se trouvait toutefois favorisé, l'accès aux rivières étant plus facile, tandis que la ville, bâtie sur le rocher, ne disposait que d'un puits communal creusé dans le roc, sur la place de l'église, et qui était plutôt une profonde citerne. On envisagea donc d'amener l'eau de l'Alzeau, rivière plus propre depuis la suppression des moulins après 1666, en aménageant un barrage. En 1793, enfin, le projet prit corps, et fut confié à François Combes, tailleur de pierres.

Des chemins, départementaux ou vicinaux, furent également construits et entretenus, d'abord par le Diocèse, avant 1790, puis par le Département.

 

L'époque contemporaine.

 

Pendant la longue période qui s'étend de la Révolution à l'avènement de la Troisième République, chaque régime exigea des fonctionnaires, des militaires et des personnalités chargées d'administrer une collectivité territoriale, une prestation de serment dont la forme varia en fonction du régime en place.

En 1801, le canton de Montolieu étant supprimé par décision des Consuls, la commune fut rattachée au canton d'Alzonne.

En 1804, la Municipalité proclamait la "Senatus Consulte", qui nommait Napoléon Bonaparte Empereur des Français, "à la grande satisfaction des habitants", dixit le procès-verbal.

Les maires se succédèrent (Messieurs Thoron, Roumens, Sicard, Bonnet) au gré des changements politiques (Première Restauration, retour de l'Île d'Elbe de Napoléon, Restauration).

Les "Trois Glorieuses" ne donnèrent lieu à aucun trouble à Montolieu. Les conseillers municipaux continuaient d'être élus au suffrage censitaire. Messieurs Combes et Roumens prêtèrent successivement serment au Roi des Français, suivis par d'autres notables.

La révolution de 1848 amena le maire, le Conseil municipal et les habitants à se réunir pour donner leur avis sur les évènements de février et pour nommer une commission qui serait chargée d'administrer la ville.

La Deuxième République mise en place, Monsieur Bonnet fut nommé maire, assisté comme adjoint par l'industriel Prosper Cazaben. Ces notables, en 1852, demandaient que l'on fêtât le rétablissement de l'Empire sous Napoléon III, qu'ils avaient auparavant exhorté à monter sur le trône.

 

Après l'institution de la Troisième République, tandis que les mêmes notables continuaient d'occuper les mêmes fonctions, les livrets de famille, remis à l'occasion de chaque mariage, complétèrent les registres d'état civil qui avaient été mis en place depuis la Révolution.

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, les maires se succédèrent, prêtant successivement allégeance aux différents régimes.

 En 1941, sous la houlette du maire Monsieur Artigues, le Conseil municipal de Montolieu, "réuni en séance, adresse au Maréchal Pétain, Chef de l'État français, l'hommage de son profond respect et le prie de bien vouloir compter sur son total dévouement et son inaltérable fidélité".

En 1944, un Comité de Libération de Montolieu créait une milice patriotique composée de 7 membres.

En 1945, Monsieur Rigaud était élu maire et, quelques jours plus tard, adressait le message suivant à de Gaulle : "Le Conseil municipal de Montolieu, tenant sa première séance le 17 mai 1945, sous la présidence de Monsieur Émile Rigaud, envoie l'expression de son attachement et de son dévouement à Monsieur le Général de Gaulle, Chef du Gouvernement provisoire de la République, l'assure de sa reconnaissance pour l'œuvre magnifique de résistance dont le premier il a pris l'initiative avec foi, confiance et courage à l'heure des revers de la Patrie et grâce à laquelle la France a renoué avec la Victoire".

Dans la même séance, le Conseil municipal à l'unanimité émettait le vœu que M. Artigues, qui avait assuré les fonctions de maire pendant 32 ans à la satisfaction de tous, soit promu dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur….

 

Précisons encore que, comme toutes les villes, Montolieu connut des travaux d'aménagement, financés en grande partie par les taxes, et notamment celle sur les comestibles, très proche de l'ancien droit d'octroi. Abolies en 1850, les recettes de l'octroi furent remplacées par une taxe sur les chiens, qui ne fut supprimée que sous la Quatrième République.

Les projets concernant la distribution d'eau aux fontaines, s'ils furent souvent ralentis par l'insuffisance des crédits accordés, permirent cependant aux habitants de disposer d'une quantité d'eau suffisante pour leurs besoins domestiques.

Cimetière, nouvelle mairie, cadastre et défrichements, voies de communication, monument aux Morts, éclairage public, électrification et pompe à incendie modifièrent peu à peu le paysage de la ville.

 

Vie sociale, culturelle, économique et religieuse à l'époque contemporaine.

 

Au cours du 19e siècle, seuls quelques notables lisaient les journaux. Les nouvelles, parfois déformées, étaient apportées par de rares voyageurs ou par des commerçants rentrant de voyages d'affaires.

Le seul moyen de locomotion privé était le cheval ou la voiture particulière. Un industriel de Montolieu, Monsieur Lacombe, par exemple, partait à Carcassonne à cheval aux aurores, le samedi, pour aller chercher le numéraire nécessaire au paiement de son personnel.

De nombreuses personnes allaient à pied à Carcassonne, pour les foires ou les évènements exceptionnels. Chaussées de galoches qu'elles dissimulaient sous les vignes à l'entrée de Carcassonne, elles les remplaçaient alors par les beaux souliers qu'elles avaient apportés sur l'épaule ou dans un panier. Au retour, la même opération était accomplie.

Un relais important, à Alzonne, coupait la route de poste, le "grand chemin", de Toulouse à Remoulins. Si Montolieu eut des liaisons épisodiques avec les diligences ou les voitures de poste passant à Alzonne, la mauvaise liaison routière entre les deux bourgs suscita la création d'un service spécial par voitures à chevaux, joignant Carcassonne, à la fin du 18e et au début du 19e. Ce service fonctionnait plusieurs fois par semaine. La diligence, comme les autres voitures privées ou publiques, s'arrêtait, à Carcassonne, dans la cour de l'Hôtel St Jean-Baptiste, situé sur l'emplacement de l'actuel Hôtel Terminus. Le soir venu, lanternes allumées, le pesant équipage reprenait le chemin du retour. A Montolieu, la diligence s'arrêtait quelques instants pour laisser souffler les chevaux. Un cheval supplémentaire, en attente au faubourg, était alors attelé à la voiture afin de lui faire parcourir l'étape Montolieu-Saissac, toujours très pénible pour les animaux.

En 1845, le Conseil municipal demanda à la population son avis sur l'ouverture de la voie ferrée Toulouse-Cette (aujourd'hui Sète). Dès 1855, une station de chemin de fer fut créée à Pezens, rendant de grands services aux industriels et aux cultivateurs. Un service régulier relia Montolieu à la gare de Pezens, par voitures à chevaux, vers 1860. A partir de 1880, cette voiture servit surtout au transport du courrier postal.

A partir de 1923, une grande voiture automobile, dans laquelle les gens s'entassaient parmi les colis et les sacs postaux, aux jours d'affluence, remplaça le char à bancs.

En revanche, les transports par bus, régulièrement proposés, et aussi régulièrement rejetés, n'existèrent effectivement qu'en 1920, sous l'impulsion de Monsieur Servières, qui rendait aussi de menus services aux Montolivains en faisant des "commissions". Plus tard, les transports par bus se développèrent.

 

Dans les temps les plus reculés, la poste fut d'abord un service privé, établi par les souverains pour permettre la diffusion de leurs décisions ou pour recevoir les rapports de leurs préposés.

Puis d'autres organisations privées, telles les universités, correspondirent entre elles par des courriers portés par des messagers. De même les armées possédaient-elles leurs services de liaison.

Avant l'organisation des services postaux privés ou officiels, et même longtemps après leur institution, les populations confiaient leurs missives et paquets à des intermédiaires. Tous ceux qui étaient amenés à se déplacer (voyageurs, commerçants, forains, ménestrels, bateliers, voituriers, moines…) se transformaient en messagers.

Après 1672 et, surtout, 1676, la poste, devenue un service national, devint un monopole, mais l'acheminement des correspondances demeura néanmoins compliqué, en raison de la rareté des bureaux de poste. Montolieu fut, pendant longtemps, rattaché au bureau d'Alzonne.

Avant la Révolution, 3 courriers par semaine reliaient Toulouse et Carcassonne. Les voitures mettaient 12 heures pour effectuer le trajet, tandis qu'il en fallait 48 pour aller jusqu'à Paris. L'arrivée d'une lettre, dont le port était en principe payé par le destinataire, était alors un événement.

Vers 1830, l'établissement d'un service de poste dans toutes les communes, et la distribution quotidienne des lettres, furent décrétés. Un facteur rural, partant d'Alzonne, assura le service de la poste de Montolieu, à cheval, tous les jours y compris le dimanche. En 1849, l'affranchissement du courrier au départ se généralisa avec l'apposition d'un timbre-poste. En 1872, un facteur permanent achemina le courrier.

Vers 1880, une ligne télégraphique électrique relia Montolieu à Carcassonne, puis Saissac à Carcassonne, en passant par Montolieu.

Quant à la première cabine téléphonique, elle fut installée à la poste en mai 1908. Par la suite, le service fut étendu avec parcimonie aux particuliers pour se développer plus rapidement après la Première Guerre mondiale.

 

En 1826, l'ancienne abbaye bénédictine de Montolieu devint un collège de garçons, qui, en 1832, accueillait 210 élèves. Mais l'établissement fut définitivement fermé en 1846. En 1858, il fut racheté par les Filles de la Charité, qui le transformèrent en Maison de retraite pour les sœurs.

 

L'église de Montolieu, aux 19e et 20e siècles, se caractérise par la pauvreté de ses desservants. Depuis le Concordat, le traitement de curé doyen était pris en charge par l'État, le vicaire étant quant à lui payé par la Fabrique, aidée par la municipalité lorsque sa caisse était vide, ce qui était fréquent, car la Fabrique connaissait un déficit endémique. Après la séparation de l'Église et de l'État, en 1905, les prêtres furent à la charge exclusive des fidèles et le Clergé dut alors, bon gré mal gré, subvenir au paiement d'un traitement à tous les prêtres.

L'église Saint-André, qui avait souffert des déprédations et de l'abandon consécutifs à la période révolutionnaire, fut lentement restaurée et est, depuis 1972, classée monument historique. De même la Chapelle St Roch fut-elle restaurée et demeure-t-elle toujours un lieu de promenade.

 

Après la Révolution, l'instruction devait en principe être gratuite et obligatoire. Le maître devait tenir un registre de présence et inculquer aux enfants les "vrais principes de liberté et d'égalité".

Les enfants inscrits devaient avoir 6 ans révolus. Aucune leçon particulière n'était donnée et aucune gratification versée à l'instituteur en dehors de son traitement. La scolarité était fixée à trois ans.

Peu d'enfants fréquentèrent cependant l'école primaire. L'Empire réorganisa entièrement l'enseignement, mais l'enseignement primaire fut laissé à la responsabilité des municipalités.

La Restauration continua dans cette voie. Les municipalités assurèrent la surveillance de l'enseignement primaire par le moyen d'une commission où siégeaient le maire et le curé. L'instituteur était payé par la municipalité, tandis qu'un droit d'écolage complétait son traitement. Il était toutefois admis que les enfants des familles indigentes seraient admis sans avoir à débourser ce droit.

En 1839, une école élémentaire de filles fut mise en place.

Pourtant, lorsque venait la saison des travaux agricoles, les enfants étaient beaucoup moins assidus, les filles étant quant à elles nombreuses à venir rarement, voire jamais, à l'école et l'analphabétisme restait important.

En 1881, l'enseignement laïque, sur vote du conseil municipal, se substitua à l'enseignement religieux, car "les sœurs ne possèdent que des lettres d'obédience qui n'offrent pas nécessairement les garanties de capacité". Des cours destinés aux adultes illettrés furent également proposés et financés par la commune.

Les lois Ferry de 1881 et 1882 instituèrent en France l'enseignement primaire gratuit et obligatoire pour tous les enfants de 6 à 13 ans. A la même époque, une caisse des écoles fut créée, et la Municipalité étudia la constitution et l'aménagement de locaux scolaires, ceux qui existaient jusqu'ici étant devenus trop exigus pour recevoir la totalité des élèves.

Si l'école des garçons fut terminée en 1885, l'école des filles, en revanche, tarda à être bâtie. Les Frères des Écoles chrétiennes s'installèrent quant à eux dans une partie des anciens ateliers de la manufacture royale. Mais la loi de 1905 et le petit nombre d'élèves obligèrent l'établissement à fermer.

A partir de 1902, les fournitures scolaires furent prises en charge par la commune et, en 1907, une garderie laïque fut créée, qui fonctionna jusqu'à la guerre de 14-18.

 

 

Lors de la période post-révolutionnaire et du Directoire, les conditions de vie n'avaient pas été faciles. En revanche, pendant le Consulat et l'Empire, jusqu'en 1809, un redressement de la stabilité politique économique se produisit, à l'échelon local. Les fabriques, travaillant à fournir des tissus d'équipement à l'armée, assuraient des emplois, malgré le blocus qui avait aggravé le problème de l'approvisionnement en matières premières.

Les prix des denrées alimentaires, surveillés par les autorités, restaient stables. Les agriculteurs consommaient en moyenne 800 g de pain par jour, tandis qu'ouvriers et journaliers disposaient généralement de 500 g de pain, 80 g de viande salée, un demi-litre de vin, des œufs et de la bouillie de maïs. L'approvisionnement des marchés resta correct.

Pourtant, après 1807, la période impériale est marquée par les réquisitions, de blé, de foin, de chevaux ou d'hommes employés comme gardes nationaux. En outre, la dureté de l'hiver et la difficulté d'approvisionnement en matières premières provoqua la fermeture des fabriques et, après 1809, le poids de la conscription s'alourdit. Avec les pertes en effectifs militaires subies par l'armée, la conscription devint générale. Certains purent faire jouer leurs "relations" et d'autres tentèrent de se cacher, vainement, semble-t-il. En 1812, tous les hommes valides de 20 à 40 ans furent recensés, ainsi que toutes les armes détenues dans la localité, et réquisitionnées l'année suivante.

 

Dans les fabriques, les pratiques ancestrales, le manque de capitaux et le blocus continental maintinrent des méthodes de travail usitées depuis des générations. Aucun métier mécanique à tisser ne fut installé à Montolieu avant le milieu du 19e siècle.

Ces méthodes archaïques maintenaient dans leur emploi un personnel considérable et peu rémunéré. En atelier, les hommes gagnaient 1 à 2 F par jour, soit le prix de 2 kg de mouton, les femmes de 0.60 F à 0.80 F, les enfants entre 8 et 20 sous. Les adultes travaillaient jusqu'à 18 heures par jour selon la saison…

En 1843, on recensait à Montolieu deux ateliers de filature de laine, six moulins à foulons, une usine de tondeurs et de garnisseurs, une minoterie, quatre grandes tanneries de petites peaux, trois autres moins importantes, une fabrique de bonnets de laine, une fabrique de galoches. La forge que tenta d'installer un industriel ne se maintint pas.

La seconde partie du 19e siècle vit arriver de nouveaux industriels, qui créèrent de nouvelles fabriques, avec de nouveaux capitaux et, surtout, de nouvelles méthodes de travail, mieux adaptées à l'ère industrielle.

 

Aux secours charitables de l'ancien régime succéda le Bureau de Bienfaisance, sous la responsabilité des municipalités de l'époque révolutionnaire. Mais celui-ci était souvent à court de ressources.

Le chômage saisonnier subsistait, soit à la mauvaise saison à cause des inondations, soit en été, à cause de la sécheresse de la Dure. Les ouvriers profitaient parfois de ces arrêts de travail pour cultiver leur lopin de terre ou leur vigne. Les indigents pouvaient être employés à la réparation des chemins. A la misère, on redoutait toujours que viennent s'ajouter les épidémies, tel le choléra.

 

L'empereur Napoléon III avait institué une consultation médicale gratuite, avec fourniture des médicaments, aux personnes les plus démunies. Les femmes en couches bénéficièrent également d'aides. Ces assistances médicales furent complétées en 1945 par la nouvelle législation. La Société de Secours Mutuels de St Roch, qui compte aujourd'hui encore une cinquantaine de membres, parmi les notables, participait aux aides distribuées par les institutions.

 

A partir de 1938, plusieurs propriétaires viticulteurs s'associèrent à des propriétaires des villages voisins pour créer la Cave coopérative de Montolieu. Sur la Dure se succédaient par ailleurs des établissements industriels, dont la plupart ont disparu à la suite des inondations de la rivière ou encore en raison des évolutions industrielles.

La forge, qui avait connu une activité honorable, ferma vers 1862. Moulins à foulons ou à farine et tanneries connurent presque tous le même sort.

 

En 1724, un industriel du textile, Charles Pascal, originaire de Carcassonne mais ayant déjà des intérêts à Montolieu, achetait aux bénédictins un moulin à blé, la maison attenante et un chemin d'accès. C'est là que seront aménagés les ateliers de la Manufacture royale. En 1738,  la maison de maître de la Manufacture était bâtie sur d'anciens lavoir à laines et des jardins. Mais dès 1701, Antoine Ramel, dont la famille possédait déjà, dans le faubourg, une teinturerie et un lavoir à laines, s'était associé avec Charles Pascal pour fabriquer des draps communs. D'abord installée dans les locaux de Ramel, l'entreprise utilisa les ateliers de Pascal en 1724. Les draps de laine fabriqués étaient d'une haute qualité et, en 1734, l'entreprise, que seul Pascal dirigerait alors, fut érigée en Manufacture royale. Louis Pascal, fils du précédent et désormais seul maître à bord, se lança dans la confection de tissus de tout premier choix. Ce fut l'âge d'or de la Manufacture.

A la Révolution, la Manufacture était aux mains de la famille Thoron, et c'est à cette époque qu'elle se mit à décliner, par suite du manque de matières premières, des évènements et des intempéries. Le travail dans les ateliers s'arrêta par périodes, bien que la production soit destinée à la consommation intérieure.

De 1818 à 1845, la Manufacture fut pratiquement arrêtée. Avant d'être reprise en 1845 par les industriels François et Prosper Cazaben, deux frères de Carcassonne, qui introduisirent des métiers à filer et des métiers à tisser mécaniques d'origine étrangère et firent réparer les bâtiments laissés en très mauvais état.

A partir de 1887, la Manufacture passait aux mains de Paul Cavailles. On y fabriqua encore de beaux tissus de laine. Pendant la Grande Guerre, on y confectionna des draps pour l'armée, surtout des couvertures pour les hommes et les chevaux. Mais, après les hostilités, faute de commandes et en raison de la concurrence, l'usine dut fermer ses portes.

Les locaux abritèrent un temps, en 1939, des réfugiés espagnols, avant d'être, en 1940-41, utilisés par un industriel belge pour la confection de tissus synthétiques et de boutons.

 

Depuis, Montolieu, faute d'activité industrielle, voyait sa population diminuer et vieillir. Jusqu'en 1989, date à laquelle Michel Braibant, relieur installé à Carcassonne, décida de faire renaître le village, grâce au Livre. Mais ceci est une autre histoire…

 

 

Synthèse effectuée par Christine Detrez à partir du Livre de Clément Martin "Histoire de Montolieu".

              

 

              

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